L’académie des Beaux-arts de Beyrouth entretient depuis de nombreuses années des partenariats avec plusieurs écoles supérieures françaises et étrangères en lien avec les différentes disciplines qu’elle dispense.

Alors que Beyrouth, avec une température moyenne de 20°, se prépare activement pour célébrer Noël, l’École Estienne était donc sollicitée, en ce mois de novembre, autour d’un workshop packaging de deux jours.

Le directeur de ce prestigieux établissement veille à répondre aux nombreuses sollicitations territoriales qui lui sont adressées permettant dans le même temps aux étudiants, souvent citadins, de mieux connaître leur culture et leur territoire.

Pour ce projet, les étudiants de photographie, d’illustration et de graphisme se sont donc rendus durant trois jours dans le village retiré de la Bekaa, village de druzes, Rachaya, à la rencontre d’un couple ayant développé une entreprise de conserves et produits laitiers du terroir, Rachaya’s garden. Chacun des habitants de ce village est partie prenante de cette entreprise, quasi familiale, soit en tant que producteur, soit en tant qu’employé à l’usine. Ainsi certains élèvent les animaux pour le lait, tandis que d’autres cultivent fruits et légumes pour l’usine où sont employées les femmes les plus âgées du village, dont même une personne aveugle.

La gamme de conserves de préparations typiquement libanaises, est très étendue, à base de tomates, de légumes, de fruits et de lait de chèvre, dont son produit phare : le labneh, fromage dont la consommation est quasi quotidienne chez les populations libanaises mais aussi syriennes et palestiniennes.

Cette entreprise distribue une partie de sa production dans une seule épicerie de Beyrouth, et essentiellement à la population locale des régions voisines ainsi qu’à l’international, vers les pays arabes voisins. Elle ne souffre pas de problème de communication pour ses produits, qui se vendent bien grâce à leur qualité, ni de besoins d’extension de sa clientèle, elle doit même répondre à des sollicitations nouvelles régulièrement.

Cette communauté est donc fière, à juste titre, de son succès et de ce qu’elle a su développer.

L’objet du workshop de ces étudiants de 4e année en graphisme, n’était donc pas de répondre à une commande mais de prendre pour objet d’étude ce contexte, réel et particulier, et ces produits, pour aborder les problématiques du packaging avec, notamment, ses freins culturels, pratiques et techniques, depuis ses aspects de conception jusqu’aux questions techniques à se poser afin de soutenir la démarche de création. Le travail s’est appuyé sur l’enquête qui avait été menée sur le terrain, puis sur l’étude de la concurrence, questionnant entre autre le marché du bio au Liban, mais aussi celui des produits de terroir et de tradition. De nombreux aspects culturels ont également été abordés sur la manière de mettre en avant la dimension humaine de cette entreprise tout prenant en compte les freins qui pouvaient se présenter vis-à-vis, par exemple, de cette minorité druze.

En comparant plusieurs gammes, tout en croisant les spécificités de cette entreprise, les étudiantes ont dû travailler sur deux pistes de recherches autour des questions de personnalisation et de différenciation de la marque. Leur intervention ne devait pas modifier son identité, mais l’accompagner et la compléter au service du produit et de sa qualité.

Un premier axe visait à conserver les choix faits par l’entreprise en matière d’emballage mais proposer des solutions pack et graphiques pour améliorer l’existant. Le second, avec les mêmes objectifs, devait être force de propositions sur de nouveaux contenants afin, notamment d’apporter des solutions aux scénarios d’usage, en particulier pour la conservation et la consommation du labneh, le pack existant étant peu pratique.

La première partie du travail se portait sur le labneh, puis des déclinaisons des solutions proposées devaient être proposées et adaptées sur les autres gammes de produits.

Ces deux journées de travail ont donc été l’occasion de riches questionnements culturels forts intéressants. Les étudiantes devaient poursuivre et achever le travail initié avec leur professeur. L’école Estienne aura par ailleurs le plaisir de les accueillir en visiteurs à l’occasion des journées du Printemps de la typo auxquelles elles viendront assister.