Hommage à Pierre Bobillot

Pierre n’a pratiquement jamais quitté l’École Estienne. Élève à l’École puis élève professeur à l’ENSET, immédiatement après professeur à l’École Estienne, et directeur d’études à l’ENSET, Pierre aura contribué à former des générations d’entre nous, professeurs d’arts appliqués, et des générations de professionnels. Son engagement était total et sa capacité de travail à rendre jaloux. Il a été la cheville ouvrière de nombreuses rénovations, créations de nouvelles formations, comprenant et précédant les évolutions nécessaires. Il a toujours défendu avec force toutes les formations aussi bien les Industrielles que les Artistiques qui font cette construction presque idéale de l’École. Son sens de l’organisation, sa clarté de vision, sa justesse d’expression et sa culture ont quelquefois irrité ! Sa lucidité s’exerçait aussi très bien à son endroit. Témoin de l’évolution de nos métiers, de l’enseignement et des métiers du livre, il nous quitte. Par humour sans doute il sera enterré le premier avril ! Cela je crois l’aurait amusé.

L’École Estienne lui doit beaucoup.

Jean-Louis Sylvie Estève

Pierre Bobillot : élégance, humanisme et pédagogie

Ce grand professeur a marqué tous ceux qui ont bénéficié de son enseignement à l’École Estienne comme à l’ENS Cachan.

Il vous impressionnait d’abord par sa posture, sa façon d’être. Habillé avec soin, il n’était pas adepte du débraillé, au physique comme au moral. Aimant la couleur, il savait la porter sur soi et quelque chose de la lumière était son affaire comme son œuvre de peintre le démontre. Élégance graphique qu’il a toujours privilégiée et sa maîtrise de l’écriture manuelle – il avait une manière magnifique d’écrire au tableau ou de prendre des notes – étonnait d’admiration tous ceux qui l’ont vu faire.

Pierre Bobillot attachait une importance majeure à la relation humaine. L’humanisme était une valeur qu’il n’oubliait jamais. Moderne, il se voulait, mais jamais au prix d’oublier l’humain. Il excellait à mêler gentillesse et fermeté, critique et admiration, dialectique et conviction.

La pédagogie fut sa passion. Il savait vous faire comprendre un concept comme personne, inscrire dans votre esprit les moyens de mettre en œuvre les outils de la création. Pour lui, enseigner était un art. Ouvert aux transformations nécessaires des enseignements des arts appliqués il n’a jamais fait l’économie des fondamentaux et toujours nourri sa parole de sa grande culture, comme si c’était une obligation de ne jamais soumettre le sens à la dégradation des modes et des intérêts.

A Pierre Bobillot, dont nous gardons la mémoire, nous sommes nombreux à dire adieu et merci.

Camille Scalabre

Je voudrais ici raconter une anecdote. La première fois que j’ai rencontré Pierre Bobillot, je ne savais pas que c’était lui. C’était dans le cadre des différents tests, épreuves du concours d’entrée à l’ENSET Cachan. Il était là, il avait installé peut-être deux ou trois objets sur une table. Je devais en saisir un et inventer “une séquence pédagogique”, en tous les cas questionner l’objet, m’en saisir et élaborer quelque chose. Un peu déconcertée mais estimant qu’il fallait jouer le jeu, je me suis laissée aller à l’improvisation, au lâcher prise avec cette sensation d’être à la fois accompagnée et incitée à trouver en moi mes propres ressources. Une belle leçon de pédagogie et de communication. C’était en 1978.

Plus tard en 1996, j’étais nommée à l’École Estienne. C’est là que j’ai retrouvé Pierre Bobillot pour quelques années. J’ai découvert dans ce lieu une communauté où chacun était libre de sa pensée, enseignant et s’impliquant dans une recherche mise au service d’une mission pédagogique. Cet enjeux avait de quoi replacer l’humain face à sa propre responsabilité. L’École, était ce collectif qui rassemblait les enseignants et les étudiants de tous niveaux d’études. Pierre Bobillot savait s’y situer. Oui, il y tenait une place singulière. Par son professionnalisme, son expertise indéniable mais aussi son écoute attentive, son humour distancié, son sourire, son regard vif insolemment discipliné, il a su provoquer chez certains d’entre nous une réelle dynamique pour mettre en commun nos doutes et nos « certitudes ».

Merci à Pierre pour son engagement, sa générosité, merci pour sa transmission.

Michèle Mabille